Et puis nos chemins se sont séparés…

Ce weekend est un weekend sans enfant. C’est un weekend sans enfant car il y a 18mois, j’ai décidé de me séparer du père de mes filles.
18 mois que j’ai pris la décision la plus dure de ma vie.
18 mois que je cogite et que j’avance.
18 mois que tout a été chamboulé.
18 mois que je me reconstruis aussi.
Ai je fait le bon choix? a été la question qui est revenue le plus souvent. Me choisir. Voilà ce que j’ai fait en partant. Inconfortable. Triste. En colère. Malheureuse. Je ne voyais plus d’issue. Après des années à y croire, à tout donner, je rendais les armes, découragée, vidée, avec le sentiment d’être seule dans cette bataille. Avec des enfants, ma culpabilité était immense. Me choisir, en avais je le droit?
Cette vie de famille, j’en rêvais. Cette vie de famille, c’était toute ma vie. Des relations étroitement tissées, une éducation repensée et découverte grâce à lui. Mon cocoon, mon repère. Nous. Cette vie et les enfants dont je rêvais depuis si longtemps. Y plonger à corps perdu. J’ai cru que je m’y étais perdue et puis j’ai compris que c’était autre chose. Comment prôner l’envie de légèreté, de bonheur, d’épanouissement et ne pas l’être? Un non sens pour moi. J’ai tourné pendant 2 ans le problème dans tous les sens pour trouver la solution.
J’ai tout remué, organisation, boulot, école à la maison.. Je devais trouver. Le problème ne pouvait pas être dans mon couple. Et puis un jour, j’ai ouvert les yeux.
Une énergie phénoménale perdue à essayer. Vidée. Épuisée. Dépassée. Découragée. Impossible de nous comprendre et d’ajuster.
Je rêvais de bonheur simple, de légèreté, cette insouciance me manquait… Oui j’ai entendu les discours sur la complexité d’avoir ça avec des enfants en bas âge. Mais pour nous c’était autre chose. De plus complexe et que je garderai pour nous. Quelque chose que nous avons enfin compris il y a peu de temps. Une relation c’est à 2, les torts sont partagés.
Comment transmettre quelque chose que nous n’appliquions pas? Être heureux ensemble ou séparément mais être heureux pour qu’elles le soient. J’ai décidé de partir. Et très vite elles se sont apaisées. Les derniers temps étaient houleux et compliqués avec la tension à la maison entre nous.
Très vite, étonnement nous avons retrouvé un équilibre toutes les 3. Être seule avec des enfants apporte son lot de complications dans l’intendance et les demandes incessantes. Trouver un nouvel équilibre.
Gérer leur absence a été le plus dur. Être maman à mi temps n’était pas du tout au programme. Comment concevoir de ne pas voir mes filles chaque jour ? Impensable au départ. Un tel déchirement. Ma vie ne tournait qu’autour d’elles et j’ai appris à vivre pour moi. J’ai appris à me prendre en compte et à prendre soin de moi pour prendre soin d’elles.
J’y trouve une forme d’équilibre aujourd’hui. Et si elles me manquent quand elles ne sont pas là, je sais aussi qu’elles sont heureuses avec leur papa. Je sais aussi que la qualité que je leur offre à leur retour est plus importante que la quantité que je leur offrais avant. Parce que parent solo, ça veut dire aussi une attention constante. Beaucoup d’intendance certes mais l’envie furieuse que chaque moment compte. Je garde les tâches fastidieuses pour leur absence et on crée de vrais de moments de fête ensemble. Nous avons nos rituels et nos moments de folie. 3 filles ensemble ça déménage. On rigole, on danse, on parle. J’aime cette vie que nous nous créons. À notre image. Maman solo, c’est aussi devoir diviser mon temps être elles en permanence sans relai. Ce sont des journées bien remplies mais des journées où je choisis seule le planning, avec leur accord mais sans négociation avec un adulte. Et je ne pensais pas mais ça me va finalement. J’aime cette vie. J’y trouve un équilibre. Quand nous sommes ensemble, chaque moment compte. On se fait un beau cadeau avec toute cette qualité. Être en bon terme avec leur papa est aussi une clé de la réussite. Elles sont ce que nous avons de plus beau et de plus cher, nous en sommes conscients et elles passent avant tout.
Apprendre à être seule sans elles a été la partie la plus dure. Et quand j’ai réussi, aussi la partie la plus culpabilisante. Oser vivre ma vie à moi. Alors que toute ma vie, j’ai fait ce que l’on attendait de moi. Limite un peu honteuse d’oser faire pour moi. Mais quel délice malgré tout et quelle fierté.
Tout n’est pas toujours rose mais rien ne l’est jamais au final. Elles s’accrochent ensemble, elles réclament leur papa quand je dis non. Et puis on s’aime, on se caline. Une autre vie de famille. Digérer la séparation c’était aussi ça. Trouver une autre image que celle de la famille modèle que j’avais en tête. Déconstruire le schéma familial et en créer un autre. Sortir du moule. Ne plus voir cette séparation comme un échec, comme une faiblesse mais comme un nouveau départ. Une nouvelle vie.
Nous venons de vendre la maison.. dans 3 mois, déménagement, nous allons nous créer une vie à notre image à toutes les 3. Un appartement pour les 3 blondinettes que nous sommes. Elles m’aident à choisir les meubles et la déco.
On se crée la vie de demain pas à pas.
Tant que nous sommes ensemble et qu’elles sont bien, tout le reste va bien.
Elles sont et resteront ma priorité, même quand elles sont avec leur papa.
Un nouveau chapitre commence.
Il m’aura fallu 18mois pour être en paix avec ça.

Stéphanie.

10 commentaires

  1. Comme je me retrouve dans ce texte… devenir une famille monoparentale est le choix le plus important que j’ai fait également et j’espere que j’arriverai, comme vous, à trouver une sérénité car, pour l’instant, je me sens débordée et dépassée. Mais quel cheminement!
    Bon déménagement à vous 3, ici c’etait Il y a un an… 😉

  2. Que votre histoire ressemble à la notre. Je m’y retrouve complètement et je m’appelle Stephanie…
    Cela fait plus de 4 ans pour nous. J’ai l’impression que nous avons trouvé cet équilibre mais de temps en temps cela me fait encore souffrir…
    Je voulais tellement le meilleur pour mes enfants… il y a à peu près 2 mois ma fille qui va bientôt avoir 12 ans me dit : tu sais maman au collège il y a des enfants dont les parents se disputent tout le temps et qui restent ensemble pour les enfants. Pour ma part, je préfère tellement vous voir heureux et ne pas souffrir comme ils souffrent…
    Nous commençons à parler de la vie de couple.
    Bonne continuation.

  3. Bonsoir Stéphanie, votre message me fait réfléchir et il tombe à point nommé… Depuis plusieurs mois maintenant je lutte, me pose un tas de questions. Je me rends compte que je n’aime plus mon conjoint et cela a un impact sur l’ambiance à la maison et l’équilibre de nos 2 enfants, âgés de 5 ans et demi pour ptit loulou et bientôt 3 ans pour ma petite louloute. J’ai peur, peur de franchir le cap et avoir la force de dire à mon conjoint que je ne veux plus de cette vie, que je souhaite à présent vivre sans lui. Cette lutte permanente me fait basculer dans la dépression et je ne sais plus comment m’en sortir. Je me fais aider depuis maintenant 2 mois par une psy pour m’aider à y voir + clair. L’avenir me fait peur car je sais que si je décide de vivre seule, l’absence de mes enfants 1 semaine sur 2 me sera pénible. Mais en même temps, je me dis que pour qu’il retrouve une harmonie avec d’un côté leur papa et de l’autre leur maman, ce serait vraiment la meilleure des solutions. Je ne sais pas jusqu’ quand durera cette lutte car je m’épuise à force de cogiter… J’admire votre parcours et espère, tout comme vous, un jour retrouver la joie de vivre, avec mes 2 amours. Merci beaucoup pour votre témoignage et votre page Facebook, dans laquelle je puise beaucoup de choses. Bonne continuation à vous.

    • Merci pour ce témoignage et la confiance que vous m’accordez. Je sais que ces périodes sont houleuses et prennent beaucoup d’énergie. Je suis convaincue que vous allez trouver la meilleure solution pour vous et votre famille, quelle qu’elle soit d’ailleurs. Je vous souhaite tout plein de courage pour les temps à venir. Prenez soin de vous.
      Stéphanie

  4. Merci pour ce texte, que je relis souvent …
    Je sais que moi aussi je serai bientôt dans votre situation .. mais pour le moment je suis plutôt dans une phase « encore un peu d’espoir, tout n’est pas perdu, je ne peux pas faire ça à mes enfants, et cette vie de famille, et que vont dire les gens, et je ne voulais pas ça »… alors qu’au fond de moi je le sais je le sens et ça depuis un bon moment, notre vie de famille tant rêvée n’est finalement pas un bonheur et le bonheur pour moi même se trouve maintenant en tant que maman solo.
    Alors oui ce n’est pas la vie rêvée mais c’est la vie. Devoir gérer le quotidien ou presque avec mes deux enfants ne le fait pas peur, non …
    mais je n’ai jamais voulu ça, être une maman seule, faire des sorties seule, ne faire que des câlins à mes enfants et non au papa, être seule ….
    Alors je freine et repousse l’échéance de cette décision. Pourtant je sais quel est le chemin à suivre, et mon corps aussi puisqu’il me guide en déclarant allergie/eczéma/insomnie …
    Pas évident, j’espère moi aussi trouver la paix avec moi, mes enfants, mon entourage, mon idéal raté …
    En attendant, merci pour ce texte, et tous les autres d’ailleurs.

  5. Merci pour ce texte (et pour les autres aussi!) je le relis souvent, et m’y retrouve beaucoup: alors, c’est donc «normal» d’hésiter longtemps? de ne pas être mieux au début? et cette culpabilité omniprésente ? Merci grâce à vous j’ai compris (enfin!) que je n’étais pas une extraterrestre. C’est une période difficile, surtout quand on est la seule maman solo de la classe de mon fils… Mais je vois aussi mon petit garçon plus calme, qui chante toute la soirée et qui me dit qu’on est si bien dans notre petit appartement, je me dis que même si j’en pleure encore souvent, après 18 mois, c’était le bon choix…

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